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Si vous êtes écrivain, vous êtes légitime

Article invité par Jo Ann von Haff sur la diversité des personnages de fiction
Si vous êtes écrivain, vous êtes légitime.

Légitime de créer des personnages qui ne vous ressemblent pas, qui n’ont pas le même vécu que vous. Légitime de faire parler des personnages d’un autre sexe, d’un autre genre, d’une autre race. Légitime de raconter des personnages d’une autre culture, d’une autre religion, d’un autre continent. Légitime d’inventer des personnages différents de vous.
 
Vous êtes écrivain.
Vous êtes légitime.
 

De toutes les histoires que vous avez déjà imaginées, créées, écrites, combien de vos personnages vous ressemblent à cent pour cent ? Avez-vous écrit des romans ou une autobiographie ? Avez-vous créé des personnages ou vous êtes-vous mis en scène tout du long ?

Si la réponse est non à ces questions, alors qu’est-ce qui fait que pour certaines histoires vous vous sentez légitimes et pour d’autres pas ?
 
Je comprends que nous vivons à une période où il faut faire très attention à ce qu’on dit et comment on le dit, mais la fiction ne se doit pas d’être politiquement correcte, elle n’a pas à être policée, lissée.

Vous êtes écrivain, vous avez le droit de vous glisser dans la peau d’une femme, d’un homme, d’un ectoplasme, d’une licorne, d’un loup-garou, d’un vampire. Jusqu’à présent, personne ne s’est demandé s’il fallait être légitime pour incarner un vampire (et ils ne sont pas commodes).

Non seulement vous avez le droit, comme c’est votre travail !

Vous êtes un marionnettiste, votre personnage est votre marionnette. Vous lui faites dire ce que vous voulez, vous lui faites réagir comme vous le voulez, peu importent ses origines ou son physique.
 
Pourquoi vous interdiriez-vous de créer un personnage noir ? Parce que vous ne savez pas comment décrire sa lutte ? Quelle lutte ? Est-ce le but de votre roman ? Quelle est l’histoire que vous voulez raconter ? Voulez-vous écrire un texte engagé ? Ou juste un roman sans prise de tête ?

Les personnes issues des minorités visibles et invisibles peuvent avoir des vies sans prise de tête, elles peuvent également ne jamais connaître de lutte de leur vie. Tout est possible et envisageable ! Il ne suffit pas d’avoir une autre couleur de peau, une autre sexualité ou une autre religion pour être victime de discrimination.

La mauvaise adresse dans le mauvais quartier, l’accent un peu trop urbain ou trop régional, le surpoids ou le souspoids, la maladie visible ou invisible ou incurable ou orpheline, le bégaiement ou la diction, le manque d’études ou le travail que personne ne veut. La liste est (malheureusement) longue.

Le fait de raconter une tranche de vie d’un personnage qui appartient à une autre communauté ne signifie pas élever un étendard, ne veut pas dire mener un combat. Un personnage différent (de soi) ne peut pas être défini uniquement par les discriminations qu’il peut subir dans la vie, même si cela ne veut pas dire qu’il n’en subit pas ! Nous sommes tous beaucoup plus que nos actes militants (et nous ne sommes pas tous militants).
 
Et si notre acte militant était justement d’écrire de belles histoires avec des personnages multiculturels ? Et si notre acte militant était d’élargir les horizons de nos lecteurs ? Leur faire découvrir autre chose que les histoires habituelles, où tout le monde est blanc et occidental et hétérosexuel ? Ça, ce n’est pas le vrai monde et notre travail, d’écrivain, et de montrer le vrai monde : celui où tout peut arriver, où toutes les existences sont possibles, où toutes les sensibilités sont existantes, il n’y a pas une plus vraie que l’autre, elles le sont toutes.

Faites des recherches, lisez des témoignages, regardez des documentaires, faites-vous bêta-lire. Tout est à votre disposition pour que vous puissiez créer le personnage dont vous avez envie exactement comme vous en avez envie.
 
J’ai mis en scène des personnages masculins et blancs et noirs et d’origine asiatique et juifs et catholiques et musulmans et homosexuels et bisexuels et français et anglais et américains et parents et de petite taille et tatoués et aveugles et en fauteuil roulant et en dépression et danseurs et architectes et traducteurs et agents artistiques et caissiers et kinés et magiciens et métamorphes…

Je suis une femme métisse hétérosexuelle sans handicaps connus ni religion. Et triste nouvelle, je ne peux pas me transformer en licorne.

Je ne suis aucun de ces personnages.

Je suis tous ces personnages.
La Diversite Decomplexee
Je m’appelle Jo Ann von Haff.

Multiculturelle de naissance, nomade de berceau, polyglotte depuis toujours, j’ai été tour à tour fille d’expat, fille locale, fille d’immigrés et fille de réfugiés.

La diversité est en moi, dans ma famille, dans mes relations, dans ma vie. Et qu’elle soit raciale, culturelle ou religieuse, c’est un thème toujours présent dans mes romans, tous genres confondus, par les personnages ou le décor.

S’il vous faut absolument de la légitimité, je pense être en droit de dire que je suis assez légitime en mon genre pour vous rappeler que vous avez le droit d’écrire ce que vous voulez, comme vous le voulez. J’en parle plus longuement dans La Diversité décomplexée, un livre très court qui vous aidera justement à assumer votre statut d’écrivain.

Vous écrivez de la fiction et non pas des thèses.

C’est votre univers.

Vos règles du jeu.
 
Pour en savoir plus, visitez mon site www.ladiver.site.
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