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Il est urgent d'écrire

Parfois, comme toutes et tous je pense, je peux être tentée de procrastiner. Écrire demande un effort, aussi bien mental qu’émotionnel. Il faut être concentrée, laisser court à sa créativité et lutter contre les doutes, le tout sans tomber dans le piège des réseaux sociaux. Je ne parle pas non plus de la vie de famille ou de la vie sociale, qui peuvent être un frein à l’Écriture.

Il faut aussi considérer qu’écrire est un processus long. Un roman met au minimum plusieurs semaines, parfois plusieurs mois ou années pour être rédigé. 

Alors pourquoi serait-ce urgent d’écrire ?
Eh bien, nous sommes mortels.

Je me dis parfois : et si je meurs demain, emporterai-je dans la tombe des œuvres inachevées ? Peut-être des œuvres à l’état d’avortons, pour lesquelles je n’aurais pas mis le moindre mot sur le papier ? Mais imaginons que ces œuvres inachevées auraient pu être achevées et partagées, quelle horreur de les voir disparaître, n’est-ce pas ? C’est un peu comme si vous aviez brûlé un livre, un livre qui n’existait pas encore, certes, mais qui aurait pu l’être.

Stephen King explique qu’il a eu cette révélation lors d’un accident où il a failli perdre la vie. Cela lui a redonné la fureur d’écrire, lui a fait réaliser que nous étions fragiles.

J’irais plus loin.

Nous vivons dans un monde mourant. En tant qu’espèce, nous avons déréglé le climat et tout s’accorde à dire qu’un effondrement se profile, climatique, économique, politique. Il y a déjà eu des fins de siècles, des fins de civilisation, mais là il s’agit de la nôtre et cette fin se prépare à être terrible. Dans quel état sera notre Terre en 2050 ? Les pronostics sont de pires en pires. En 2050, j’aurais 64 ans seulement. Verrai-je la fin de notre monde ? Voilà une question qu’on se posait déjà pendant la Guerre Froide, mais qui a repris un sens autrement plus global.

Nous sommes peut-être l’une des dernières générations à avoir vu la Terre telle qu’elle est aujourd’hui. Le futur a toujours effrayé, et ce n’est hélas pas prêt de changer.

Si nous ne créons pas maintenant, alors quand ?

Et puis continuons : la plupart des auteurs aujourd’hui sont des autrices. Le mot même a été effacé sous Richelieu, sous le prétexte que les femmes ne pouvaient écrire, faibles choses qu’elles étaient. On leur a interdit la parole, certaines ont continué sous des pseudonymes masculins, beaucoup ont été ignorées. D’autres persécutées. Combien d’œuvres non signées ou anonymes ont été d’une main de femme, interdite d’Art ? Écrire aujourd’hui, notamment pour les femmes, c’est une revanche.

J’écris dans les littératures de l’Imaginaire, je parle parfois de démons ou de vampires : cela m’aurait valu le bûcher il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui, je peux écrire sur ce que je veux. Je peux aborder des thèmes difficiles, tabous, sans qu’on me l’interdise. Sans qu’on me lapide. Est-ce que ça durera ? Dans d’autres pays, je finirai dans une prison d’État pour mes textes, surtout ceux qui traitent de l’homosexualité.

Écrire est un acte citoyen.

Ce n’est pas seulement un acte personnel, non. Et quand pouvons-nous écrire ? Pendant que nous sommes vivants. Cela ne dure pas et il y a beaucoup de choses à écrire. Nous l’avons dit plus haut, cela prend parfois des années. Nous n’avons que cela dans notre vie, des années. On dit souvent que « le temps c’est de l’argent », mais c’est faux. L’argent, c’est du temps. Nous payons tout dans notre existence avec notre temps : combien de temps passons-nous à travailler pour pouvoir vivre ? Si vous êtes aux trente-cinq heures, c’est 155 heures par mois que vous échangez. Environ 1800 heures par an. Environ 70 000 heures par vie active, soit 3000 jours que vous avez échangé.

Que faites-vous du reste de votre temps ? Produisez-vous quelque chose qui peut vous survivre ? Créez-vous ?

Voilà pourquoi il est urgent d’écrire. Une vie est si vite passée, il aurait été dommage que vous ne la remplissiez pas d’Art et de création. Il n’y a jamais eu d’environnement plus favorable à l’Art, au moins en France et en occident.

Ce n’est pas parfait, mais si nous n’écrivons pas maintenant, à quoi bon ?
Ce qui est terrible, ce n’est pas de souffrir ni de mourir, mais de mourir en vain.
Jean-Paul Sartre

Vos réactions (1)

Très beau message, inspirant et fort, bravo Morgane et... longue vie à toi. 😉

par Nathalie Bagadey , il y a 6 mois

Merci beaucoup Nathalie !

Et tu as raison, longue vie, et surtout pleine vie !

par Morgane STANKIEWIEZ , il y a 6 mois

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