Si vous êtes écrivain, vous êtes légitime

L'Illusion du Best-Seller

Comment contacter un éditeur ?

Article invité par Gillian Brousse, qui vous parle des échanges entre auteur et éditeur
La communication est parfois difficile entre Éditeurs et Auteurs, les passionnés de la langue ayant du mal à se faire comprendre, ce qui vérifie in situ l’adage « Les cordonniers sont les plus mal chaussés ».

En gros, KOMENKONENVOI son texte à un éditeur, et KELGENREDETRUCS nous répond-il ?

Auteurs, en devenir, déjà un pied dans le tome ou carrément affiché en quatrième de couverture…

À un moment, il faut bien soumettre (oh, le vilain mot !) ses textes à la critique, au monde, et surtout à une maison d’édition.

Mais voilà, à quoi s’attendre ? Des rejets, souvent. eEt des contrats, parfois !

Sur le net, on trouve beaucoup de questionnements sur comment écrire un texte, comment l’envoyer, comment répondre à un refus (Spoil : dites « merci » et « à bientôt » ; basta !). Et je conseille à tout nouvel auteur de lire le plus possible à ce sujet, certains conseils vous paraîtront basiques, mais ils s’inscriront quand même sur votre rétine. 

D’autres seront surprenants ou encore complètement nigauds. Mais c’est bien d’avoir une vue d’ensemble.

Lorsque j’ai commencé à m’interroger sur le processus obscur de la soumission de textes, le néophyte que j’étais a vu apparaitre des termes comme « tirets cadratin », et « caractère espaces comprises ». Dans quoi avais-je mis les pieds ?

Cet éditeur-ci voulait des histoires se passant uniquement dans son village, celui-là des contes vampiriques bretons et un autre des romances spatiales…

Le premier souhaitait des textes de moins de 10 000 caractères, le suivant des « novellas » (tiens, qu’est-ce donc ?) et le dernier laissait libre choix de la taille du texte.

Donc, je compris, chacun fait c’qu’il lui plaît…

Oui, mais à votre charge d’être attentif, car de nombreux professionnels détaillent sur leurs sites/pages/blogs ce qu’ils attendent exactement : quels guillemets, pas de guillemets, quels tirets, alinéas ou pas de ça chez moi ?

Et le format du document ? .doc, .docx, .pdf, .odt ? Mais que fait la police ? Times new roman en 12, comic sans ms en 26 (NDLR : n’utilisez jamais – ô grand jamais – cette police) ?

Se pose aussi la question de l’identité… Veut-il connaitre la vôtre, avec un joli bandeau en en-tête de doc comprenant vos noms, prénoms, groupe sanguin, numéro de tél., ou souhaite-t-il un document anonymisé ? 

Donc la première chose à faire, c’est de se poser ces questions, vos oublierez probablement une consigne ou deux, mais vous aurez fait l’effort ! 

En somme, ne pas essayer de respecter ces consignes, c’est comme aller postuler chez McDonald en précisant que vous adorez leur Giant. 

Un jeune membre de ma famille a fait appel à mon expérience de plus de dix ans en Restauration afin de recevoir des conseils sur la manière de postuler dans un restaurant. Ma réponse était simple, et en aucun cas subjective : « Présente-toi en dehors des heures de service avec un CV et une lettre de motivation. » Mais le bougre a choisi de se rendre au restaurant à 13 h, en plein coup de feu, statistiquement le seul moment où le patron ne pourra pas lui accorder de temps. Pire, il considère ça comme un manque de respect.

De plus, la lettre de motivation, le jeune homme s’est dit que ça ne lui paraissait pas pertinent. Donc, il se retrouve tout penaud au milieu du ballet ininterrompu des serveurs et des clients qui font la queue pour payer, devant un patron agacé qui lui demande sa lettre de motivation.

Les consignes, ce ne sont pas des conseils, ce sont autant des directives techniques que des codes sociaux qui, s’ils sont respectés, représentent les prémices d’une relation saine entre les deux parties.

Vous envoyez votre texte poliment, on vous fait un gentil accusé de réception, on vous prévient de la date (souvent approximative) d’annonce des sélections…

Si vous n’attachez pas d’importance à ces règles, le message que vous faites passer c’est : je n’ai pas vraiment lu ni pris le temps de découvrir ce que votre travail, mais voulez-vous bien prendre le temps de découvrir ce que moi je fais et de me lire avec attention ? Si vous pouviez en plus me faire un retour détaillé en trois pages A4, ce serait pas mal. Puis cent balles et un Mars.

Et puis, ce n’est pas tout d’avoir un document texte en bonne et due forme, qu’est-ce que je dis à ces gens-là moi ?

Est-ce que je la joue Messie de la SF avec de l’humour de merde ?

« Oyez braves éditeurs, séchez vos larmes, celui que vous attendez est arrivé, voilà mon texte, une histoire que n’aurait pas renié Shakespeare s’il avait vécu sur mercure, un conte épistolaire plein de pistolasers entre une dinde atomique et un indien syphilitique. Non, j’déconne, c’est un texte sur les vampires ! Bonne lecture. Comment on fait pour le contrat ? Vous prenez quoi, 10 % ? Et Ardisson, il reçoit les nouveaux écrivains dans le vent ? »

Non, c’est naze. (NDLR : pourtant on reçoit bien parfois des mails de ce type).

L’inverse alors ?

« Pardon de vous déranger, c’est mon premier texte, je sais pas bien ce que ça vaut, sans abuser de votre temps, ce serait gentil de le lire. Après pas de pression, si ça vous tente, sinon je ne me vexe pas, vous avez mieux à faire de toute façon ».

Non, je passe pour un mollusque.

Ben en fait, faut juste être poli.

« Bonjour, voici mon texte, il s’appelle comme ci, comme ça bien a vous, merci à bientôt. » (NDLR : Plus le mail est personnalisé tout en restant pro, mieux le courant passera)

À ce sujet, je conseille l’excellent article de Tesha Garisakii pour Realities Inc. qui détaille les coulisses d’une sélection, et pourquoi il est important de se plier aux demandes faites par l’éditeur : 

http://realities-inc.com/les-coulisses-de-la-selection/

Une autre éditrice de ma connaissance a posté il y a peu un message à ce sujet sur sa page, quelque chose qui disait ; « Nous ne répondrons plus aux mails ne contenant qu’un fichier texte, sans bonjour ni rien, nous ne sommes pas des robots ».

Ben tiens, comme je les comprends.

Les anthologistes que je connais m’ont avoué à demi-mot que niveau soumissions, ils en reçoivent des vertes et des pas mûres. Voire carrément des « refus de refus » de maîtres-plumes outrés par la merde que les anthologistes ont dans les yeux pour ne pas avoir su reconnaître le potentiel de leur texte.

Je suis sûr que les perles d’anthologistes tiendraient la dragée haute à celles du BAC. En tous cas, moi j’achète !

Mais sachez que du côté des éditeurs, il y a aussi de quoi faire…

Si Les Inconnus avaient fait un sketch sur le monde de l’édition, il aurait commencé par « Le bon éditeur, il te répond, alors que le mauvais… il te répond… mais c’est pas pareil ! »

En fait je voudrais parler dans cet article des réponses positives plus que de leurs consœurs pourvoyeuses de doute et d’effroi.

Mais commençons donc par ces refus, tantôt justes ou maladroits, mais qui font avancer l’apprenti écrivain au moins autant que les acceptations de textes.

Les réponses négatives que j’ai pu recevoir se rangent dans cinq catégories :

1 - Les succinctes :

Du type « Je ne peux la retenir » ou « Bonjour, désolé, le texte ne correspond pas » sous-entendu, à ce que nous cherchons/à un bon texte.

Soit. Simple, efficace. 

Tout le monde passa à autre chose et c’est pas plus mal.

À noter que nombre d’éditeurs vous préviennent d’entrée de jeu : « Nous ne pourrons pas commenter nos refus, nous recevons bien trop de textes » au moins c’est clair. Et pour des soumissions de romans à des Éditeurs très connus, ça peut carrément donner : « Si vous ne recevez aucun message de notre part d’ici un an, considérez que votre texte ne nous intéresse pas. » 

2 - les équilibrées :

En substance « Nous n’avons pu retenir votre texte, mais celui-ci possède des qualités, nous lirons vos prochaines participations avec intérêt, bonne journée à vous. »

Bon, j’ai été lu, et ils pensent que c’est pas forcément du caca, youpi.

Tout le monde reste courtois et on ne fera pas affaire ensemble cette fois-ci.

3 – Les détaillées :

Du genre « Nous ne pouvons retenir le texte, qui nous semble manquer de technique, notamment en ce qui concerne les répétitions. L’histoire est intéressante, mais gagnerait en profondeur portée par plus de « sensorialité », en effet, les cinq sens des personnages sont un peu absents alors qu’ils participeraient à la transmission de l’univers que vous décrivez. Nous vous souhaitons bonne continuation, au plaisir de vous lire à nouveau. »

Merci. C’est le Saint Graal ! 

Vous n’étiez pas obligé de prendre le temps, mais vous m’avez donné votre avis de professionnel sur ce qui n’allait pas dans mon texte, et bien que cela égratigne mon égo forcément immense, je peux me poser les bonnes questions !

4 – Les mal détaillées :

Alors là, j’ai deux exemples en tête que je trouve aussi maladroits l’un que l’autre :

a - « Bonjour, et merci de votre participation, nous avons dû faire un choix difficile concernant les nouvelles reçues, et voici ce qui ressort des fiches de lecture de votre nouvelle : Après concertation des membres du comité, un gros problème est apparu pour nous dans votre texte, et chaque membre est tombé d’accord sur un point précis qui ne les a pas enchantés. En effet, la totalité des membres du comité de lecture à unanimement détesté la manière de parler du personnage numéro 2. Nous ne pouvons donc pas la retenir. Bonne journée. »

Alors d’accord, je vous présente un texte pour avoir votre avis subjectif, mais si c’est pour dire ça... Dites-moi plutôt que les dialogues sont maladroits, ou que l’argot du personnage numéro 2 ne vous a pas plus, ou ne dites rien, mais tourner autour du pot pour me dire QUE ça… 

b - « Bonjour, nous n’avons très malheureusement pas retenu votre nouvelle, à notre grand regret. C’est le cœur lourd que nous vous annonçons ceci, mais il y avait de nombreux textes tous aussi merveilleux les uns que les autres, mais il a fallu trancher ; une prochaine fois peut-être accéderez-vous à une sélection de notre part, mais ne baissez pas les bras. Encore désolé, et sachez que si vous gardez espoir en votre cœur, et la tête dans les nuages, vos pas vous porteront vers le succès et les étoiles. »

Et j’exagère à peine.

Bon, c’était une très jeune maison, tenue par de jeunes gens, et je trouve ça assez mignon d’être aussi condescendant en voulant être aimable…

5 - et enfin, la dernière catégorie : les réponses que j’attends toujours.

Et non, il n’y a pas que sur le bon coin que ça arrive.

Mais ce sont bel et bien les réponses positives qui me posent le plus de problèmes. J’ai fait un peu le tour des Auteurs de ma connaissance, et il y a apparemment un écueil que nombre d’éditeurs ne savent éviter.

C’est énorme d’être sélectionné, en soi, mais bien souvent on vous annonce votre sélection d’une ligne un peu fadasse, et on passe directement aux corrections, aux suggestions et à la partie légale.

« Bonjour, nous avons le plaisir de vous annoncer que votre texte est sélectionné pour figurer dans notre recueil/anthologie/revue.

Vous trouverez en pièce jointe les premières corrections concernant le fond, en effet, nous pensons qu’une coupe est nécessaire dans la première partie et que le personnage du ver de terre lycanthrope est un peu maladroit.

Vous recevrez ensuite les corrections grammaticales et orthographiques, à première vue surtout des répétitions et maladresses faciles à modifier.

Cordialement, 

À très bientôt, 

Bisous, 

Tchuss, 

Votre éditeur. »


Je comprends très bien qu’un professionnel ne peut pas forcément argumenter près de deux cents refus, mais une dizaine de sélections ? 

C’est tout de même dommage que le soufflé retombe si vite. L’auteur ne demande pas de baisers sur ses petons poilus, ni des caresses sur son dos voûté, mais combien d’entre nous se retrouvent dans le noir total ? 

Qu’est-ce qui a plu, concrètement ?

Chacun affine son style sans savoir à quoi est dû tel refus ni ce qui a convaincu cet autre éditeur d’accepter le même texte…

Je conseille également l’article de Noir d'Absinthe par Morgane Stankiewiez, sur le Syndrome de l’imposteur : 

https://accompagnement-litteraire-noirdabsinthe.com/p-Le_complexe_de_l_Imposteur

On navigue en eau trouble, même en se remettant en question, à un moment, ce n’est que de l’extérieur que peuvent venir les encouragements, les conseils pertinents…

Et c’est tout à votre avantage, gentils éditeurs, de donner à votre cheptel d’auteur les clés pour vous plaire via d’autres moyens que le respect général de la ligne éditoriale et la conformité technique de la soumission ;).

En somme, il faudrait plus de bisous dans le grand cycle de la vie littéraire.


À très bientôt, 

Bisous, 

Tchuss.

Gillian Brousse

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Un Article de Gillian Brousse


Je suis né dans le sud de la France de parents qui m’ont transmis le goût de la Science-fiction, je me suis fait les dents sur la bibliothèque familiale : K Dick, Heinlein, Farmer et Herbert entre autres.

Je suis également passionné de cinéma, de musique, de dessin et j’ai toujours écrit des textes ici et là.

Et même si je ne sais toujours pas, à trente ans passés, ce que je veux faire quand je serais grand, il y a de grandes chances pour que je prenne beaucoup de plaisir à chercher, expérimenter et m’amuser pendant au moins les cinquante prochaines années…

Facebook : https://www.facebook.com/Gi.auteur/

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