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L'Exemple de Jurassic Park

Récemment j’ai revu le film Jurassic Park, tiré de l’excellent roman éponyme de Michael Crichton, un excellent auteur qui se documentait de manière extensive sur tous les sujets qu’il aborde.
Ce n’est pas du livre dont je vous parle, mais bien du film car j’ai remarqué un très joli exemple, voyant mais efficace, aussi bien de préparation que d’Ironie Dramatique. Le tout avec une scène simple, qui n’a qu’un intérêt limité en tant que telle, mais qui éclaire tellement la suite du film.


Au tout début de l’histoire, le paléontologue, Grant, nous parle d’un fossile de Velociraptor, créature qu’il admire. Et là, un enfant sort « on dirait une grosse dinde. » Grant, un peu vexé, s’approche de l’enfant et lui fait une démonstration de la méthode de chasse dudit dinosaure.




Il explique plusieurs choses, dont voici un résumé :

- Contrairement au T-Rex, il ne sert à rien de rester immobile, car le Raptor vous voit très bien.


- Ensuite, ce n’est pas le Raptor que l’on voit en face de soi qui va attaquer, mais les deux sur le côté qui étaient restés invisibles.


Cette scène prépare ainsi plusieurs situations à la fois, l’air de rien.
 
- Tout d’abord, on remarque que Grant n’est pas à l’aise avec les enfants, qu’il n’apprécie pas outre mesure. Ainsi, quand une fois dans le parc des enfants commencent à s’intéresser à lui, on sait pertinemment qu’il va se les coltiner et que c’est un axe de développement du personnage. S’il avait été bienveillant avec le premier marmot au lieu de lui faire peur, on aurait pas du tout eu le même ressenti.

Cela participe au côté « gentil » de l’histoire et sert à développer le personnage. Les enfants auront aussi une fonction de stress (et ne sont là que pour ça, car on craint beaucoup plus la souffrance d’enfants que d’adultes, les premiers étant plus vulnérables que les secondes).


- Ensuite, lorsque les protagonistes se retrouvent face au T-Rex, on sait déjà que l’animal ne perçoit que le mouvement et quand Grant le dit à nouveau, on n’est pas surpris. S’il l’avait dit pour la première fois face au danger, ça aurait pu passer pour facile, on se serait demandé « d’où il sait ça ? » alors que là, on en a conscience depuis le début. Cette aide pour ne pas mourir tout de suite face à la bestiole n’est ainsi plus une sorte de Deus ex Machina.


- Plus tard, on a une scène où le chasseur du parc se retrouve avec un fusil à pompe face à un raptor… Et lui ignore que le raptor chasse en meute, au contraire du spectateur qui l’a entendu au tout début. Ainsi le spectateur attentif sait que le chasseur est déjà mort parce qu’il ne s’y prend pas de la bonne façon, et il a juste envie de crier au personnage de se tourner, de se souvenir qu’il y en a d’autres. C’est un cas typique d’ironie dramatique.
 
Tout cela avec une petite scène au début du film, en pleine situation initiale pour Grant, et qui sera utile au moins trois fois. C’est un peu voyant comme façon de faire, mais on ne peut pas nier que ça fonctionne très bien. Le film regorge d’autres idées dans ce genre, ce qui participe à en faire un blockbuster des plus efficaces.
Vignette de L'Illusion du Best-Seller

L'Illusion du Best-Seller

Rien n'est plus triste qu'un best-seller qui ne se vend pas.
Que mon livre soit dans toutes les librairies !

Que je sois invitée à la télévision !

À moi le canapé de Michel Drucker !

Je serai traduite dans 17 langues !
 
Je plaisante, mais quelque part, on a fait du best-seller un objectif en soi. Il existe des formations et des guides qui vous apprendront à écrire des best-sellers. Pas des livres, non, mais des livres qui se vendent. 

C’est un peu comme si vous alliez avec votre guitare que vous venez d’acheter, qui est toute belle mais pas encore bien accordée, non pas chez votre prof qui va vous apprendre quelques accords, mais chez un agent qui vous promet le Zénith en mai prochain, Bercy d’ici décembre.

Comme si, quelque part, on réduisait l’Art et sa valeur aux chiffres de ventes.

Je ne vais pas vous mentir, je suis heureuse lorsqu’un de mes livres marche mieux que les autres et trouve un public, ce serait hypocrite de dire l’inverse, mais je ne l’ai pas écrit dans ce but. Je l’ai écrit pour livrer un peu de moi, pour m’exprimer et pour donner corps et forme à des histoires, des personnages qui me tenaient à cœur.

Quand au best-sellerSavez-vous comment les grands groupes de l’édition fonctionnent pour les créer, ces best-sellers ? Eh bien ils publient dix romans : sur les dix, six rentrent dans leur frais, ni plus ni moins. Trois sont en perte. Et un décolle et tire les revenus vers le haut. Bien sûr les éditeurs doivent choisir des œuvres dans lesquelles ils croient, aussi bien d’un point de vue artistique que financier, mais au final, ils ne savent pas laquelle des dix fonctionnera : ils s’en remettent à la chance.

C’est le maître mot : chance.

Si vous publiez aujourd’hui Amélie Nothomb ou Bernard Werber, oui, ça sera un best-seller parce que les noms sont déjà connus du public. Idem si vous traduisez un roman à succès américain ou suédois.

En revanche, lorsque le nom n’est pas connu, c’est la chance qui choisit. Le livre n’a même pas besoin d’être bon, il suffit que ce soit celui que le public attende à ce moment précis et ça fonctionnera… Mais pour savoir ce que le public attend, il faut tester.

Après il est possible, quand on voit qu’une mode démarre, de se lancer dans son sillage et de très vite écrire des livres proches de ce qui commence à percer, pour espérer les sortir avant que la mode ne prenne fin… Est-ce vraiment une démarche intéressante d’un point de vue artistique ?

Ainsi mon conseil serait plutôt d’oublier la notion de best-seller, de ventes et d’argent. De toute façon, seuls de très rares auteurs gagnent assez pour en vivre et si ça peut arriver, ça n’est clairement pas une bonne idée de faire ce métier dans ce but. Il y a mille moyens bien moins inefficaces pour gagner de l’argent.

Je pense qu’il y a une autre démarche, qui fonctionne beaucoup mieux : écrire de bons livres et s’installer dans la durée. Je connais surtout la littérature de l’Imaginaire, mais lorsque je vois les auteurs qui aujourd’hui sont plébiscités, invités en salons, parfois en vivent… eh bien la plupart ne sont pas de jeunes auteurs, mais ils ont commencé il y a dix, quinze ou vingt ans et ont persisté malgré les difficultés, parce que l’Art était important pour eux.

Ils ont une approche saine et beaucoup de volonté… Mais à terme, ça fonctionne, et cette fois quasiment à coup sûr. Tout le monde peut écrire un roman, mais rares sont ceux qui écrivent un roman par an pendant dix ans.

Si vous désirez vraiment être écrivain, c’est je pense ce qu’il vous faut faire. Prendre le temps de développer votre Art, le proposer à des éditeurs ou le publier vous-même, vous améliorer, ne pas désespérer, et recommencer. Peut-être que vous percerez tout de suite, ça arrive je vous l’ai dit, mais en faire un but en soi est juste triste. Et si vous n’avez que peu de public au premier roman, il y a toutes les chances pour qu’au dixième, une communauté, même petite, vous suive.

L’écriture est un lieu où vous pouvez rester authentique et vous faire entendre. Autant que ce soit pour des œuvres auxquelles vous tenez et dont vous serez fière, malgré leurs petits défauts, que des machins sans âme là pour satisfaire une mode temporaire et qui ne sont pas davantage sûrs de marcher.

Dans notre accompagnement littéraire, vous l’aurez compris, on ne vous promet pas que vous en sortirez avec un gros succès économique. Nous ne sommes pas un moule à JK Rowling. En revanche, nous vous aiderons à terminer votre premier roman, à vous améliorer, à creuser en vous sur le sujet de l’écriture, le pourquoi, ce que vous pouvez transmettre, et comment écrire un roman qui vous ressemble.

Nous préférons de loin toucher la corde artistique que la corde commerciale.

Si cette démarche vous parle, n’hésitez pas à découvrir notre offre : https://accompagnement-litteraire-noirdabsinthe.com/p-L_Accompagnement
Vignette de Comment contacter un éditeur ?

Comment contacter un éditeur ?

Article invité par Gillian Brousse, qui vous parle des échanges entre auteur et éditeur
La communication est parfois difficile entre Éditeurs et Auteurs, les passionnés de la langue ayant du mal à se faire comprendre, ce qui vérifie in situ l’adage « Les cordonniers sont les plus mal chaussés ».

En gros, KOMENKONENVOI son texte à un éditeur, et KELGENREDETRUCS nous répond-il ?

Auteurs, en devenir, déjà un pied dans le tome ou carrément affiché en quatrième de couverture…

À un moment, il faut bien soumettre (oh, le vilain mot !) ses textes à la critique, au monde, et surtout à une maison d’édition.

Mais voilà, à quoi s’attendre ? Des rejets, souvent. eEt des contrats, parfois !

Sur le net, on trouve beaucoup de questionnements sur comment écrire un texte, comment l’envoyer, comment répondre à un refus (Spoil : dites « merci » et « à bientôt » ; basta !). Et je conseille à tout nouvel auteur de lire le plus possible à ce sujet, certains conseils vous paraîtront basiques, mais ils s’inscriront quand même sur votre rétine. 

D’autres seront surprenants ou encore complètement nigauds. Mais c’est bien d’avoir une vue d’ensemble.

Lorsque j’ai commencé à m’interroger sur le processus obscur de la soumission de textes, le néophyte que j’étais a vu apparaitre des termes comme « tirets cadratin », et « caractère espaces comprises ». Dans quoi avais-je mis les pieds ?

Cet éditeur-ci voulait des histoires se passant uniquement dans son village, celui-là des contes vampiriques bretons et un autre des romances spatiales…

Le premier souhaitait des textes de moins de 10 000 caractères, le suivant des « novellas » (tiens, qu’est-ce donc ?) et le dernier laissait libre choix de la taille du texte.

Donc, je compris, chacun fait c’qu’il lui plaît…

Oui, mais à votre charge d’être attentif, car de nombreux professionnels détaillent sur leurs sites/pages/blogs ce qu’ils attendent exactement : quels guillemets, pas de guillemets, quels tirets, alinéas ou pas de ça chez moi ?

Et le format du document ? .doc, .docx, .pdf, .odt ? Mais que fait la police ? Times new roman en 12, comic sans ms en 26 (NDLR : n’utilisez jamais – ô grand jamais – cette police) ?

Se pose aussi la question de l’identité… Veut-il connaitre la vôtre, avec un joli bandeau en en-tête de doc comprenant vos noms, prénoms, groupe sanguin, numéro de tél., ou souhaite-t-il un document anonymisé ? 

Donc la première chose à faire, c’est de se poser ces questions, vos oublierez probablement une consigne ou deux, mais vous aurez fait l’effort ! 

En somme, ne pas essayer de respecter ces consignes, c’est comme aller postuler chez McDonald en précisant que vous adorez leur Giant. 

Un jeune membre de ma famille a fait appel à mon expérience de plus de dix ans en Restauration afin de recevoir des conseils sur la manière de postuler dans un restaurant. Ma réponse était simple, et en aucun cas subjective : « Présente-toi en dehors des heures de service avec un CV et une lettre de motivation. » Mais le bougre a choisi de se rendre au restaurant à 13 h, en plein coup de feu, statistiquement le seul moment où le patron ne pourra pas lui accorder de temps. Pire, il considère ça comme un manque de respect.

De plus, la lettre de motivation, le jeune homme s’est dit que ça ne lui paraissait pas pertinent. Donc, il se retrouve tout penaud au milieu du ballet ininterrompu des serveurs et des clients qui font la queue pour payer, devant un patron agacé qui lui demande sa lettre de motivation.

Les consignes, ce ne sont pas des conseils, ce sont autant des directives techniques que des codes sociaux qui, s’ils sont respectés, représentent les prémices d’une relation saine entre les deux parties.

Vous envoyez votre texte poliment, on vous fait un gentil accusé de réception, on vous prévient de la date (souvent approximative) d’annonce des sélections…

Si vous n’attachez pas d’importance à ces règles, le message que vous faites passer c’est : je n’ai pas vraiment lu ni pris le temps de découvrir ce que votre travail, mais voulez-vous bien prendre le temps de découvrir ce que moi je fais et de me lire avec attention ? Si vous pouviez en plus me faire un retour détaillé en trois pages A4, ce serait pas mal. Puis cent balles et un Mars.

Et puis, ce n’est pas tout d’avoir un document texte en bonne et due forme, qu’est-ce que je dis à ces gens-là moi ?

Est-ce que je la joue Messie de la SF avec de l’humour de merde ?

« Oyez braves éditeurs, séchez vos larmes, celui que vous attendez est arrivé, voilà mon texte, une histoire que n’aurait pas renié Shakespeare s’il avait vécu sur mercure, un conte épistolaire plein de pistolasers entre une dinde atomique et un indien syphilitique. Non, j’déconne, c’est un texte sur les vampires ! Bonne lecture. Comment on fait pour le contrat ? Vous prenez quoi, 10 % ? Et Ardisson, il reçoit les nouveaux écrivains dans le vent ? »

Non, c’est naze. (NDLR : pourtant on reçoit bien parfois des mails de ce type).

L’inverse alors ?

« Pardon de vous déranger, c’est mon premier texte, je sais pas bien ce que ça vaut, sans abuser de votre temps, ce serait gentil de le lire. Après pas de pression, si ça vous tente, sinon je ne me vexe pas, vous avez mieux à faire de toute façon ».

Non, je passe pour un mollusque.

Ben en fait, faut juste être poli.

« Bonjour, voici mon texte, il s’appelle comme ci, comme ça bien a vous, merci à bientôt. » (NDLR : Plus le mail est personnalisé tout en restant pro, mieux le courant passera)

À ce sujet, je conseille l’excellent article de Tesha Garisakii pour Realities Inc. qui détaille les coulisses d’une sélection, et pourquoi il est important de se plier aux demandes faites par l’éditeur : 

http://realities-inc.com/les-coulisses-de-la-selection/

Une autre éditrice de ma connaissance a posté il y a peu un message à ce sujet sur sa page, quelque chose qui disait ; « Nous ne répondrons plus aux mails ne contenant qu’un fichier texte, sans bonjour ni rien, nous ne sommes pas des robots ».

Ben tiens, comme je les comprends.

Les anthologistes que je connais m’ont avoué à demi-mot que niveau soumissions, ils en reçoivent des vertes et des pas mûres. Voire carrément des « refus de refus » de maîtres-plumes outrés par la merde que les anthologistes ont dans les yeux pour ne pas avoir su reconnaître le potentiel de leur texte.

Je suis sûr que les perles d’anthologistes tiendraient la dragée haute à celles du BAC. En tous cas, moi j’achète !

Mais sachez que du côté des éditeurs, il y a aussi de quoi faire…

Si Les Inconnus avaient fait un sketch sur le monde de l’édition, il aurait commencé par « Le bon éditeur, il te répond, alors que le mauvais… il te répond… mais c’est pas pareil ! »

En fait je voudrais parler dans cet article des réponses positives plus que de leurs consœurs pourvoyeuses de doute et d’effroi.

Mais commençons donc par ces refus, tantôt justes ou maladroits, mais qui font avancer l’apprenti écrivain au moins autant que les acceptations de textes.

Les réponses négatives que j’ai pu recevoir se rangent dans cinq catégories :

1 - Les succinctes :

Du type « Je ne peux la retenir » ou « Bonjour, désolé, le texte ne correspond pas » sous-entendu, à ce que nous cherchons/à un bon texte.

Soit. Simple, efficace. 

Tout le monde passa à autre chose et c’est pas plus mal.

À noter que nombre d’éditeurs vous préviennent d’entrée de jeu : « Nous ne pourrons pas commenter nos refus, nous recevons bien trop de textes » au moins c’est clair. Et pour des soumissions de romans à des Éditeurs très connus, ça peut carrément donner : « Si vous ne recevez aucun message de notre part d’ici un an, considérez que votre texte ne nous intéresse pas. » 

2 - les équilibrées :

En substance « Nous n’avons pu retenir votre texte, mais celui-ci possède des qualités, nous lirons vos prochaines participations avec intérêt, bonne journée à vous. »

Bon, j’ai été lu, et ils pensent que c’est pas forcément du caca, youpi.

Tout le monde reste courtois et on ne fera pas affaire ensemble cette fois-ci.

3 – Les détaillées :

Du genre « Nous ne pouvons retenir le texte, qui nous semble manquer de technique, notamment en ce qui concerne les répétitions. L’histoire est intéressante, mais gagnerait en profondeur portée par plus de « sensorialité », en effet, les cinq sens des personnages sont un peu absents alors qu’ils participeraient à la transmission de l’univers que vous décrivez. Nous vous souhaitons bonne continuation, au plaisir de vous lire à nouveau. »

Merci. C’est le Saint Graal ! 

Vous n’étiez pas obligé de prendre le temps, mais vous m’avez donné votre avis de professionnel sur ce qui n’allait pas dans mon texte, et bien que cela égratigne mon égo forcément immense, je peux me poser les bonnes questions !

4 – Les mal détaillées :

Alors là, j’ai deux exemples en tête que je trouve aussi maladroits l’un que l’autre :

a - « Bonjour, et merci de votre participation, nous avons dû faire un choix difficile concernant les nouvelles reçues, et voici ce qui ressort des fiches de lecture de votre nouvelle : Après concertation des membres du comité, un gros problème est apparu pour nous dans votre texte, et chaque membre est tombé d’accord sur un point précis qui ne les a pas enchantés. En effet, la totalité des membres du comité de lecture à unanimement détesté la manière de parler du personnage numéro 2. Nous ne pouvons donc pas la retenir. Bonne journée. »

Alors d’accord, je vous présente un texte pour avoir votre avis subjectif, mais si c’est pour dire ça... Dites-moi plutôt que les dialogues sont maladroits, ou que l’argot du personnage numéro 2 ne vous a pas plus, ou ne dites rien, mais tourner autour du pot pour me dire QUE ça… 

b - « Bonjour, nous n’avons très malheureusement pas retenu votre nouvelle, à notre grand regret. C’est le cœur lourd que nous vous annonçons ceci, mais il y avait de nombreux textes tous aussi merveilleux les uns que les autres, mais il a fallu trancher ; une prochaine fois peut-être accéderez-vous à une sélection de notre part, mais ne baissez pas les bras. Encore désolé, et sachez que si vous gardez espoir en votre cœur, et la tête dans les nuages, vos pas vous porteront vers le succès et les étoiles. »

Et j’exagère à peine.

Bon, c’était une très jeune maison, tenue par de jeunes gens, et je trouve ça assez mignon d’être aussi condescendant en voulant être aimable…

5 - et enfin, la dernière catégorie : les réponses que j’attends toujours.

Et non, il n’y a pas que sur le bon coin que ça arrive.

Mais ce sont bel et bien les réponses positives qui me posent le plus de problèmes. J’ai fait un peu le tour des Auteurs de ma connaissance, et il y a apparemment un écueil que nombre d’éditeurs ne savent éviter.

C’est énorme d’être sélectionné, en soi, mais bien souvent on vous annonce votre sélection d’une ligne un peu fadasse, et on passe directement aux corrections, aux suggestions et à la partie légale.

« Bonjour, nous avons le plaisir de vous annoncer que votre texte est sélectionné pour figurer dans notre recueil/anthologie/revue.

Vous trouverez en pièce jointe les premières corrections concernant le fond, en effet, nous pensons qu’une coupe est nécessaire dans la première partie et que le personnage du ver de terre lycanthrope est un peu maladroit.

Vous recevrez ensuite les corrections grammaticales et orthographiques, à première vue surtout des répétitions et maladresses faciles à modifier.

Cordialement, 

À très bientôt, 

Bisous, 

Tchuss, 

Votre éditeur. »


Je comprends très bien qu’un professionnel ne peut pas forcément argumenter près de deux cents refus, mais une dizaine de sélections ? 

C’est tout de même dommage que le soufflé retombe si vite. L’auteur ne demande pas de baisers sur ses petons poilus, ni des caresses sur son dos voûté, mais combien d’entre nous se retrouvent dans le noir total ? 

Qu’est-ce qui a plu, concrètement ?

Chacun affine son style sans savoir à quoi est dû tel refus ni ce qui a convaincu cet autre éditeur d’accepter le même texte…

Je conseille également l’article de Noir d'Absinthe par Morgane Stankiewiez, sur le Syndrome de l’imposteur : 

https://accompagnement-litteraire-noirdabsinthe.com/p-Le_complexe_de_l_Imposteur

On navigue en eau trouble, même en se remettant en question, à un moment, ce n’est que de l’extérieur que peuvent venir les encouragements, les conseils pertinents…

Et c’est tout à votre avantage, gentils éditeurs, de donner à votre cheptel d’auteur les clés pour vous plaire via d’autres moyens que le respect général de la ligne éditoriale et la conformité technique de la soumission ;).

En somme, il faudrait plus de bisous dans le grand cycle de la vie littéraire.


À très bientôt, 

Bisous, 

Tchuss.

Gillian Brousse

Vignette de Si vous êtes écrivain, vous êtes légitime

Si vous êtes écrivain, vous êtes légitime

Article invité par Jo Ann von Haff sur la diversité des personnages de fiction
Si vous êtes écrivain, vous êtes légitime.

Légitime de créer des personnages qui ne vous ressemblent pas, qui n’ont pas le même vécu que vous. Légitime de faire parler des personnages d’un autre sexe, d’un autre genre, d’une autre race. Légitime de raconter des personnages d’une autre culture, d’une autre religion, d’un autre continent. Légitime d’inventer des personnages différents de vous.
 
Vous êtes écrivain.
Vous êtes légitime.
 

De toutes les histoires que vous avez déjà imaginées, créées, écrites, combien de vos personnages vous ressemblent à cent pour cent ? Avez-vous écrit des romans ou une autobiographie ? Avez-vous créé des personnages ou vous êtes-vous mis en scène tout du long ?

Si la réponse est non à ces questions, alors qu’est-ce qui fait que pour certaines histoires vous vous sentez légitimes et pour d’autres pas ?
 
Je comprends que nous vivons à une période où il faut faire très attention à ce qu’on dit et comment on le dit, mais la fiction ne se doit pas d’être politiquement correcte, elle n’a pas à être policée, lissée.

Vous êtes écrivain, vous avez le droit de vous glisser dans la peau d’une femme, d’un homme, d’un ectoplasme, d’une licorne, d’un loup-garou, d’un vampire. Jusqu’à présent, personne ne s’est demandé s’il fallait être légitime pour incarner un vampire (et ils ne sont pas commodes).

Non seulement vous avez le droit, comme c’est votre travail !

Vous êtes un marionnettiste, votre personnage est votre marionnette. Vous lui faites dire ce que vous voulez, vous lui faites réagir comme vous le voulez, peu importent ses origines ou son physique.
 
Pourquoi vous interdiriez-vous de créer un personnage noir ? Parce que vous ne savez pas comment décrire sa lutte ? Quelle lutte ? Est-ce le but de votre roman ? Quelle est l’histoire que vous voulez raconter ? Voulez-vous écrire un texte engagé ? Ou juste un roman sans prise de tête ?

Les personnes issues des minorités visibles et invisibles peuvent avoir des vies sans prise de tête, elles peuvent également ne jamais connaître de lutte de leur vie. Tout est possible et envisageable ! Il ne suffit pas d’avoir une autre couleur de peau, une autre sexualité ou une autre religion pour être victime de discrimination.

La mauvaise adresse dans le mauvais quartier, l’accent un peu trop urbain ou trop régional, le surpoids ou le souspoids, la maladie visible ou invisible ou incurable ou orpheline, le bégaiement ou la diction, le manque d’études ou le travail que personne ne veut. La liste est (malheureusement) longue.

Le fait de raconter une tranche de vie d’un personnage qui appartient à une autre communauté ne signifie pas élever un étendard, ne veut pas dire mener un combat. Un personnage différent (de soi) ne peut pas être défini uniquement par les discriminations qu’il peut subir dans la vie, même si cela ne veut pas dire qu’il n’en subit pas ! Nous sommes tous beaucoup plus que nos actes militants (et nous ne sommes pas tous militants).
 
Et si notre acte militant était justement d’écrire de belles histoires avec des personnages multiculturels ? Et si notre acte militant était d’élargir les horizons de nos lecteurs ? Leur faire découvrir autre chose que les histoires habituelles, où tout le monde est blanc et occidental et hétérosexuel ? Ça, ce n’est pas le vrai monde et notre travail, d’écrivain, et de montrer le vrai monde : celui où tout peut arriver, où toutes les existences sont possibles, où toutes les sensibilités sont existantes, il n’y a pas une plus vraie que l’autre, elles le sont toutes.

Faites des recherches, lisez des témoignages, regardez des documentaires, faites-vous bêta-lire. Tout est à votre disposition pour que vous puissiez créer le personnage dont vous avez envie exactement comme vous en avez envie.
 
J’ai mis en scène des personnages masculins et blancs et noirs et d’origine asiatique et juifs et catholiques et musulmans et homosexuels et bisexuels et français et anglais et américains et parents et de petite taille et tatoués et aveugles et en fauteuil roulant et en dépression et danseurs et architectes et traducteurs et agents artistiques et caissiers et kinés et magiciens et métamorphes…

Je suis une femme métisse hétérosexuelle sans handicaps connus ni religion. Et triste nouvelle, je ne peux pas me transformer en licorne.

Je ne suis aucun de ces personnages.

Je suis tous ces personnages.
Vignette de Un Kit de Serrurier

Un Kit de Serrurier

L’Accompagnement littéraire par Noir d’Absinthe est quelque chose qui me tient à cœur depuis un moment. J’ai en effet toujours trouvé dommage qu’il soit si difficile de trouver des ressources sur l’écriture, cet Art qui naît soi-disant seul.
Je me souviens que j’avais un mal fou à me renseigner lorsque j’écrivais, plus jeune, ou quand je me suis remise à l’écriture il y a quelques années. Quant aux ressources que l’on finit par dénicher, on ne sait jamais si elles proviennent d’écrivains qui partagent en effet leur expérience ou si elles ont été recopiées, voire traduites depuis l’anglais.

Cela m’a été préjudiciable, je dois vous l’avouer. Lorsque j’ai écrit la fin d’Isulka la Mageresse, mon premier roman, j’avais décidé que le « héros », qui tentait de sauver son amie Mageresse, échouait et que c’était finalement un personnage secondaire qui avait un cas de conscience et l’aidait.


Mais j’ai lu, à plusieurs endroits, qu’il fallait absolument que ce soit le héros qui triomphe et j’ai changé ma fin pour le rendre acteur…

Ce n’est pas un grand changement, je vous l’accorde, car l’action était la même… Malgré tout, je me suis laissé influencer par de mauvais conseils, car la scène originale était plus forte. Le protagoniste qui échouait vivait tout autant de conflit dans l’échec que dans la réussite, et ma scène aurait permis de nuancer un personnage tiers, ce qui est très important pour une histoire de qualité…

Une leçon durement apprise.

Au final, il n’y a pas de règle aussi établie que : le héros doit faire ça parce qu’il est héros. Il y a des fondamentaux, oui, mais ceux-ci ne sont pas aussi clairement structurés. Ce qui compte se trouve davantage dans l’essence, dans l’émotion, et les règles ne doivent jamais être suivies en aveugle.

Depuis, je m’insurge contre cette mode du scénario, avec des cheminements spécifiques qu’on trouve facilement sur Internet. Ce n’est pas cela, raconter des histoires. On n’applique pas de recette de cuisine bien huilée… Lorsque l’on y regarde de plus près, certaines œuvres très réussies ne révolutionnent rien, ne sont pas particulièrement créatives, n’ont pas de twist imprévisible… D’autres récits ratés ont des structures très travaillées et tentent d’innover à chaque instant.

Avec notre accompagnement, je ne compte pas vous dire : faites comme-ci ou comme-ça, je n’aime pas du tout cette approche. Bien au contraire, je vous livre simplement le fruit de mes réflexions et de mon expérience, autant comme autrice qu’éditrice. Je ne vous propose pas la clef de l’écriture, mais un kit de serrurier.

À vous après de cambrioler les portes de l’Art !

Toutes les infos : https://accompagnement-litteraire-noirdabsinthe.com/p-L_Accompagnement
Vignette de L'écrivain, un être solitaire ?

L'écrivain, un être solitaire ?

L’écrivain a une image particulière, aussi bien en France qu’à l’étranger. On l’imagine dans sa tour d’ivoire, intouchable, en communion avec l’inspiration, venue d’un monde éthéré et s’infiltrant en lui grâce à son talent incroyable.

Solitaire, captant seul un sens du monde impénétrable pour le profane…
C’est une vision fantasmée, qui n’est pas valable aujourd’hui et qui ne l’a jamais vraiment été.

Il y a quelques temps, il y a eu à Paris une exposition au Petit Palais et au Musée de la Vie Romantique sur le Paris du début du XIXème siècle, celui des auteurs romantiques. Ces mêmes-auteurs qui ont porté cette vision de l’auteur solitaire, au mal-être existentiel.

C’était particulièrement intéressant, parce que tous ces auteurs, notamment parisiens, avaient une vie sociale débordante, y compris et surtout liée à leur Art. Ils se retrouvaient lors de salons littéraires, tenus dans des hôtels particuliers de Paris, où ils discutaient de leur art. Ils lisaient des passages de leurs prochaines œuvres. Ils découvraient celles des autres. Ils s’amélioraient au contact de leurs pairs…

Et comment ne pas citer la Villa Diodati, située aux abords du Lac Léman, en Suisse. C’est là-bas que des auteurs tels que Lord Byron, Polidori, Percy Shelley et surtout sa femme, Mary Shelley se réunirent pendant quelques mois d’été. On doit à leur rencontre des monuments de la littérature comme le Vampire et Frankenstein.

Des œuvres gothiques et sombres, qui ne sont pourtant pas nées de la solitude, loin s’en faut.

L’acte de création est solitaire, oui. Nous sommes toujours seuls avec le papier et la plume… ce qui vaut pour beaucoup de métiers, intellectuels ou non. Après tout, l’être humain est par essence seul avec ses pensées, n’est-ce pas ?

Cela ne l’empêche pas d’être une créature sociale. Il en va de même pour les artistes. Rien ne nous oblige à la solitude. Bien au contraire, je pense que l’on s’améliore beaucoup plus en travaillant avec les autres, que ce soit en les relisant, en se faisant relire, ou simplement en discutant de nos Arts, de nos approches. C’est un enrichissement permanent.

C’est aussi une énergie que j’apprécie beaucoup et que j’ai tenté de développer avec la maison d’édition que j’ai créée. Nous faisons entre-nous des « salons », plus modernes mais tout aussi enrichissant. Nous travaillons ensemble régulièrement, et les œuvres s’en portent magnifiquement bien.

Quelque part, j’ai toujours rêvé d’être l’une de ces dames de lettres qui reçoit les auteurs de son temps et les encourage dans leur Art, une muse noire. Est-ce si surprenant que l’égérie de Noir d’Absinthe soit l’une de ces muses ?

J’aime parler de l’Art et transmettre sur ce sujet. Nous avons déjà discuté du sens de l’écriture, de la vie, et cela en fait partie. Je ne peux pas tous vous inviter dans mon salon pour parler d’Art, malheureusement. Nous ne vivons plus à une époque où les auteurs étaient des oisifs et des dandys…

En revanche, je peux m’inviter dans vos salons et partager avec vous ce que je sais sur l’écriture et sur l’Art. C’est ce que je vous propose avec le cursus que j’ai développé.

Je vous explique tout par ici : https://accompagnement-litteraire-noirdabsinthe.com/p-L_Accompagnement
Vignette de Le complexe de l'Imposteur

Le complexe de l'Imposteur

On a trop tendance à croire qu’il faut réaliser les meilleurs textes pour que ceux-ci aient de la valeur, et c’est normal : toute notre vie nous nous comparons aux auteurs qui ont réussi, ceux qui ont été publiés et qui ont eu du succès.

Et se comparer aux autres est un piège dont on sort difficilement. Je le connais que trop bien, ce piège, comme tout écrivain, tout artiste.
Le doute fait partie de notre vie et très souvent, se traduit par ce que l’on appelle le complexe de l’imposteur. C’est la croyance, infondée, que nous ne sommes pas de vrais artistes parce que nous n’avons encore rien écrit.

Cette croyance ne s’estompe pas à la fin du premier jet, hélas. Elle est tenace. Une fois qu’on a écrit un roman, on se dit qu’on sera un vrai écrivain quand une personne aura aimé le texte. Et puis quand c’est un ami qui lit le texte, on se figure que ça ne compte pas : finalement, on sera un vrai écrivain quand un tiers aura aimé le texte.

Un seul tiers ? Mais non, ça ne suffit pas non plus. Il en faut au moins trois. Et puis il faut être publié. Et plaire à la critique. Et gagner des prix. Et trouver beaucoup de lecteurs… Et récidiver…

Dans tous les cas, le complexe de l’imposteur est sacrément tenace et continue de nous hanter, même après le premier livre, même après le troisième…

Tous les grands artistes doutent. La différence, c’est que le doute ne les retient pas de s’exprimer et de créer. Pourquoi ne serions-nous pas légitimes pour créer ? Tout le monde, y compris les plus grands, a commencé quelque part et ce qu’ils font de bien n’invalide pas ce que les autres créent. Shakespeare aurait-il pu créer des œuvres aussi géniales s’il avait été le seul à faire du théâtre ? Certes, c’est lui dont on se souvient aujourd’hui, mais il n’est pas devenu dramaturge seul dans son coin. Son Art s’inscrit dans quelque chose de plus grand et nous tous, artistes, quelque soit la qualité de nos premiers textes, nous inscrivons dans ce grand tout.

Nous n’entrerons pas tous dans l’histoire de la littérature. Nous ne serons pas tous publiés. Mais nous avons tous quelque chose à dire et sommes tous légitime.

C’est ça, l’Art.
Vignette de Il est urgent d'écrire

Il est urgent d'écrire

Parfois, comme toutes et tous je pense, je peux être tentée de procrastiner. Écrire demande un effort, aussi bien mental qu’émotionnel. Il faut être concentrée, laisser court à sa créativité et lutter contre les doutes, le tout sans tomber dans le piège des réseaux sociaux. Je ne parle pas non plus de la vie de famille ou de la vie sociale, qui peuvent être un frein à l’Écriture.

Il faut aussi considérer qu’écrire est un processus long. Un roman met au minimum plusieurs semaines, parfois plusieurs mois ou années pour être rédigé. 

Alors pourquoi serait-ce urgent d’écrire ?
Eh bien, nous sommes mortels.

Je me dis parfois : et si je meurs demain, emporterai-je dans la tombe des œuvres inachevées ? Peut-être des œuvres à l’état d’avortons, pour lesquelles je n’aurais pas mis le moindre mot sur le papier ? Mais imaginons que ces œuvres inachevées auraient pu être achevées et partagées, quelle horreur de les voir disparaître, n’est-ce pas ? C’est un peu comme si vous aviez brûlé un livre, un livre qui n’existait pas encore, certes, mais qui aurait pu l’être.

Stephen King explique qu’il a eu cette révélation lors d’un accident où il a failli perdre la vie. Cela lui a redonné la fureur d’écrire, lui a fait réaliser que nous étions fragiles.

J’irais plus loin.

Nous vivons dans un monde mourant. En tant qu’espèce, nous avons déréglé le climat et tout s’accorde à dire qu’un effondrement se profile, climatique, économique, politique. Il y a déjà eu des fins de siècles, des fins de civilisation, mais là il s’agit de la nôtre et cette fin se prépare à être terrible. Dans quel état sera notre Terre en 2050 ? Les pronostics sont de pires en pires. En 2050, j’aurais 64 ans seulement. Verrai-je la fin de notre monde ? Voilà une question qu’on se posait déjà pendant la Guerre Froide, mais qui a repris un sens autrement plus global.

Nous sommes peut-être l’une des dernières générations à avoir vu la Terre telle qu’elle est aujourd’hui. Le futur a toujours effrayé, et ce n’est hélas pas prêt de changer.

Si nous ne créons pas maintenant, alors quand ?

Et puis continuons : la plupart des auteurs aujourd’hui sont des autrices. Le mot même a été effacé sous Richelieu, sous le prétexte que les femmes ne pouvaient écrire, faibles choses qu’elles étaient. On leur a interdit la parole, certaines ont continué sous des pseudonymes masculins, beaucoup ont été ignorées. D’autres persécutées. Combien d’œuvres non signées ou anonymes ont été d’une main de femme, interdite d’Art ? Écrire aujourd’hui, notamment pour les femmes, c’est une revanche.

J’écris dans les littératures de l’Imaginaire, je parle parfois de démons ou de vampires : cela m’aurait valu le bûcher il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui, je peux écrire sur ce que je veux. Je peux aborder des thèmes difficiles, tabous, sans qu’on me l’interdise. Sans qu’on me lapide. Est-ce que ça durera ? Dans d’autres pays, je finirai dans une prison d’État pour mes textes, surtout ceux qui traitent de l’homosexualité.

Écrire est un acte citoyen.

Ce n’est pas seulement un acte personnel, non. Et quand pouvons-nous écrire ? Pendant que nous sommes vivants. Cela ne dure pas et il y a beaucoup de choses à écrire. Nous l’avons dit plus haut, cela prend parfois des années. Nous n’avons que cela dans notre vie, des années. On dit souvent que « le temps c’est de l’argent », mais c’est faux. L’argent, c’est du temps. Nous payons tout dans notre existence avec notre temps : combien de temps passons-nous à travailler pour pouvoir vivre ? Si vous êtes aux trente-cinq heures, c’est 155 heures par mois que vous échangez. Environ 1800 heures par an. Environ 70 000 heures par vie active, soit 3000 jours que vous avez échangé.

Que faites-vous du reste de votre temps ? Produisez-vous quelque chose qui peut vous survivre ? Créez-vous ?

Voilà pourquoi il est urgent d’écrire. Une vie est si vite passée, il aurait été dommage que vous ne la remplissiez pas d’Art et de création. Il n’y a jamais eu d’environnement plus favorable à l’Art, au moins en France et en occident.

Ce n’est pas parfait, mais si nous n’écrivons pas maintenant, à quoi bon ?
Vignette de Le Sens de la Vie

Le Sens de la Vie

L’Écriture – tout comme l’Art en général – permet de trouver du sens.

Aujourd’hui, c’est je pense le plus compliqué dans notre société : trouver un sens à sa vie, à ses actes.
Je réfléchis souvent à ce que m’a apporté l’Art et l’édition.

Pour vous situer, avant de me lancer dans Noir d’Absinthe, je travaillais dans une grande entreprise. J’étais ingénieure logistique, un poste plutôt intéressant dans le domaine. L’entreprise a délocalisé mon service, ce qui m’a permis de créer Noir d’Absinthe dans de bonnes conditions.

Et c’est là que la comparaison fait mal : après six mois de travail sur Noir d’Absinthe, j’avais publié des livres et lancé des auteurs, leur permettant de trouver un public et de faire vivre leur Art. C’est quelque chose dont ces auteurs se souviendront pendant des années, peut-être toujours. C’est une marque que j’ai laissée dans leur vie, une trace qui ne disparaîtra jamais complètement… contrairement à cet ancien poste, où il ne reste rien de moi.

Je n’étais qu’un rouage. Mieux payée, certes ; je vivais dans une situation confortable, mais ma vie n’avait pas de sens, pas de but.

L’Écriture, la mienne comme celle des auteurs qui m’accompagnent et me font confiance, a donné du sens à ma vie.

Toutes les œuvres ne sont pas vouées à marquer des générations. Certaines toucheront un large public, d’autres un public restreint ou simplement familial. Je connais plusieurs auteurs qui se sont lancés pour écrire des histoires à leurs enfants, avant de les proposer au public. Combien n’ont jamais franchi ce seuil ?

Ce n’est pas le plus important. Écrire, c’est graver un bout de soi, un bout qui ne disparaîtra pas à la prochaine vague de licenciement ou quand la retraite arrivera. C’est important, d’autant plus dans ce monde en quête de sens.

Je ne peux que vous encourager à créer, quelques soient vos raisons.

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